Revenants / Paul Auster
Le 03/01/2025
Ce deuxième volet de la Trilogie New-Yorkaise est une lecture qui marque profondément, qui frappe. Paul Auster y déploie une nouvelle fois une écriture remarquable, à la fois subtile et intelligente. Il joue avec la narration, oscillant entre une proximité presque intime du narrateur avec le lecteur, et une distance curieuse avec le protagoniste, Bleu, que nous observons à travers ses propres yeux, tandis qu'il épie Noir. Dans cette mise en abîme, nous ne sommes pas seulement lecteurs passifs, mais témoins actifs, garants de l'existence même de ce personnage fictif. D'une certaine manière, nous devenons également garants de l'auteur lui-même, tout comme Noir existe uniquement par l'observation minutieuse de Bleu.
Sans jamais être explicite, Auster aborde une multiplicité de sujets denses : l'existence, la création littéraire, la représentation des mots, la fascinante et mystérieuse ville de New York, nos relations aux autres et à nous-mêmes, la folie du monde moderne, ainsi que notre propre folie intime. Tandis que Bleu observe Noir, c'est en fait lui-même qu'il scrute avec une acuité troublante. Et en lisant les mots de l'auteur, on finit par se demander si l'on découvre davantage Paul Auster, ou bien nous-mêmes, dans ce jeu subtil d'identités et de reflets.