L'horloger de Saint-Paul
Le 31/03/2026
Bertrand Tavernier nous livre ici un film d'une émotion rare, centré sur la redécouverte douloureuse d'un père par son fils dans un contexte tragique. Pour le spectateur, c'est une immersion sincère dans le Lyon natal du réalisateur : le quartier Saint-Paul du Vieux-Lyon (sauvé de la destruction pour devenir, vingt ans plus tard, un joyau de l'UNESCO), l'Île du Souvenir au Parc de la Tête d'Or, ou encore la place Rouville et sa vue secrète, l'une des plus belles de la cité des Gaules. C’est la ville telle que les Lyonnais l'aiment qui s'offre à nous, loin des clichés.
En toile de fond, Tavernier déploie un discours politique subtil mais implacable. Dans ce paysage des années 1970, derrière le vernis d'un bonheur de façade, subsistent les laissés-pour-compte : ouvriers, jeunes et femmes dont on parle beaucoup mais que l'on ne regarde jamais vraiment. Le crime, au centre de l'intrigue, n'est pour l'opinion qu'un spectacle médiatique. Une réplique culte d'un passant interrogé par l'ORTF cristallise d'ailleurs le matérialisme absurde de l'époque : « Tuer un bonhomme, ils avaient peut-être des raisons, mais brûler sa voiture, alors là… ».
Porté par un rythme parfaitement lent, qui jamais ne lasse, le film repose sur l'alchimie entre Philippe Noiret et Jean Rochefort. Ce duo d'opposés, un père d'une gentillesse désarmante face à un commissaire désabusé, finit par nous toucher au cœur. C'est une œuvre sur le temps qui passe, sur les silences qui séparent les êtres et sur la solidité fragile de nos convictions.