Deux procureurs
Le 24/03/2026
L’URSS est ici dépeinte au cœur de son administration la plus ubuesque : un monde où tout le monde court, s'agite et s'empresse, mais où, finalement, le mouvement n'est qu'une illusion. Les seuls qui travaillent réellement, à l'instar de ce jeune procureur du parquet régional de Minsk et membre sincère et idéaliste du Parti soviétique, n'ont en réalité qu'un seul horizon : la disparition. Qu'il s'agisse de l'oubli au fond d'une geôle ou de l'exécution sommaire après des aveux imaginaires et extorqués, le système dévore infailliblement ses éléments les plus intègres.
La force de l’œuvre réside également dans sa photographie saisissante. Souvent immobile, privilégiant les grands plans fixes, elle offre une esthétique aussi superbe que suspendue. Ce choix formel permet de ressentir physiquement la frénésie inutile d’une bureaucratie qui, malgré ses gesticulations, demeure absolument immobile. C’est un portrait clinique de la déshumanisation, où la splendeur visuelle souligne par contraste la noirceur de l'arbitraire, transformant le destin de ce procureur en une tragédie universelle sur la fin des illusions.